L'érection d'une statue

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L'érection d'une statue

Si vous trouvez que le jardin de votre voisin est d'un mauvais goût parfait, dites-vous qu'il y a pire, bien pire...

Il était une fois un village...

L'histoire se déroule en Autriche à Traunkirchen, village perdu de 1600 âmes, un patelin à l'ancienne où le curé est un notable, le maire un démocrate-chrétien et où les familles se connaissent depuis le Saint-Empire romain germanique.

La modernité n'y pénètre que centimètre par centimètre et c'est très bien comme ça. Ou plutôt, c'était très bien comme ça, un villageois ayant imposé un rythme douloureux en 2017.

Problème d'érection

Ce perturbateur, c'est Juergen Hesz, un antiquaire aisé qui s'est offert une résidence cossue au coeur du village.

Fier de sa fortune et pour le moins m'as-tu-vu, l'homme n'a pas la réussite discrète, exit donc le besoin d'intimité normalement propre à chacun. Autour de chez lui, ni mur, ni écran de jardin, ni haie, ceci afin d'exposer son train de vie à la populace.

Afin d'être au centre de toutes les conversations, il ose même un aménagement radical: installer devant sa maison la statue d'un phallus géant en érection, une oeuvre qui avoisine les deux mètres de haut, faisant ainsi hurler les ouailles de Rudolf Schrödl, le curé du village. L'homme étant un vicieux, il a même commis son forfait à quelques jours du Vendredi Saint et de sa procession, qui passe devant chez lui précisons-le, pour être sûr de son effet.

Le début d'une croisade

Sans surprise, le père Schrödl et un bataillon de fidèles déboulent dans le bureau de Christoph Schragl, maire de Traunkirchen, pour le sommer d'agir sur le champ. L'élu convoque donc l'heureux propriétaire du sexe hypertrophié pour lui demander de le déplacer, au profit d'un endroit discret. Et comme la procession est imminente, le plus tôt sera le mieux.

Là encore, Juergen Hesz a tout prévu: il prétend d'abord avec un culot inimitable que la statue est là depuis des mois, puis, il précise qu'il ne peut la déplacer puisqu'elle pèse deux tonnes. Il faut faire venir des ouvriers avec de l'équipement lourd, ce qui n'est pas gratuit et ne s'organise pas comme ça, les fidèles devront donc célébrer le Vendredi Saint avec son érection sous les yeux. Il jubile, le maire, non.

Bien obligé de s'incliner face aux lois de l'apesanteur, le maire ne s'avoue cependant pas vaincu, intimant l'ordre à l'antiquaire de recouvrir la statue d'une bâche en attendant qu'elle puisse être déplacée. De plus, des écrans de jardin seront installés dans l'urgence par la municipalité.

Juergen Hesz sort quelque peu dépité de cet entretien mais il rebondit vite. Il décide de recouvrir sa statue d'une bâche fluo qui se verra à travers les écrans, en lui donnant le plus possible la forme d'un préservatif. Il fait même inscrire une phrase de Nietzsche sur ce préservatif géant: « Gelobt sei was hart macht » soit « Loué soit ce qui t'endurcit ».

À défaut de pouvoir gâcher le Vendredi Saint des paroissiens, au moins pourra-t-il les narguer.

Les médias s'en mêlent

C'est à ce stade que la presse autrichienne se penche sur l'affaire, s'empressant d'interroger l'intéressé qui ne peut résister à l'envie de poursuivre ses provocations. Après avoir déclaré qu'il n'a pas à cacher son sexe dès lors qu'il est chez lui, c'est avec un plaisir non dissimulé qu'il cite à nouveau Nietzsche.

Tout est bien qui finit bien

Réalisant toutefois que sa mise en scène est désormais un fait divers national qui a fait de lui l'homme le plus antipathique d'Autriche, Juergen Hesz se décide finalement à faire amende honorable.

Il annonce à l'occasion d'une conférence de presse, car à ce stade il peut convoquer les journalistes, que la statue sera mise aux enchères. Les profits, plusieurs dizaines de milliers d'euros, auront vocation à financer des oeuvres de bienfaisance de concert avec la paroisse.


Rudolf Schrödl (le curé), Christoph Schragl (le maire) et Juergen Hesz (le propriétaire de la statue)

Si les sourires du maire et du curé demeurent crispés sur la photo prise au terme de la conférence de presse, considérons tout de même que tout est bien qui finit bien !

Sources: metro.co.uk et meinbezirk.at

Par , publié sur jardin-secrets.com le 29-09-2018

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