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Jean-Marie Delavay : Biographie

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Jean-Marie Delavay

Né le 28 décembre 1834
Décédé le 31 décembre 1895
Botaniste
Spécialiste de la flore chinoise

Les vertes années de Jean-Marie Delavay (1834-1860)

Jean-Marie Delavay est né le 28 décembre 1834 à Les Gets en Savoie. Les savoyards ont à cette époque un statut complexe vis-à-vis de la France, officiellement ils vivent dans un État indépendant, officieusement l'influence française y est considérable, a fortiori car la Savoie a déjà été française à diverses reprises. Cette ambiguïté sera levée en 1860 lorsqu'elle sera officiellement intégrée à la France.

La Savoie est à l'époque diglossique. Imposé au XVIe siècle comme langue centrale, le français est la langue des grandes villes, de la politique et de l'enseignement universitaire. Mais hors des grands centres urbains, les langues régionales demeurent. Le savoyard, appelé aussi « arpitan » ou « francoprovençal », est encore la langue maternelle des savoyards ; la population instruite maîtrisant par ailleurs le français. Cette cohabitation produit des auteurs savoyards qui jonglent entre les deux langues, à l'image du poète et parolier Joseph Béard (1808-1872), très populaire en son temps.

Toutefois, comme toutes les langues régionales, l'arpitan entame un lent déclin à partir de la révolution industrielle, notamment du fait de l'émergence des chemins de fer et de l'apparition d'une nouvelle bourgeoisie. La population française est de plus en plus mobile, le tourisme interrégional se développe et nombre d'entreprises s'implantent loin de leurs fiefs d'origine. Un grand besoin d'uniformisation linguistique permet au français de s'imposer.

Durant son enfance, Jean-Marie Delavay s'adonne au jardinage et part explorer la flore savoyarde dès qu'il en a l'occasion. Durant l'adolescence, il se tourne vers la religion et intègre le petit séminaire de Saint-François de Sales.

Ce sont les seuls éléments connus de l'enfance de Jean-Marie Delavay, le botaniste étant très réservé sur le sujet. On ignore tout de sa famille mais sa maîtrise du français indique qu'il vient d'un milieu instruit, sans doute est-il issu d'une famille de notables.

Jean-Marie Delavay est finalement ordonné prêtre le 22 décembre 1860, quelques jours avant ses 26 ans et l'année du Traité de Turin qui fait officiellement de lui un français.

Joyeux Noël, monsieur le vicaire ! (1860-1866)

Le 24 décembre 1860, Jean-Marie Delavay est nommé vicaire à Serraval. Le vicaire d'une paroisse est un prêtre qui a pour rôle d'assister le curé dans l'exercice de sa mission et qui le remplace en cas d'incapacité (urgence, maladie etc.), cette fonction est généralement dévolue aux jeunes prêtres qui apprennent ainsi la gestion d'une paroisse.

Serraval est une ville agricole spécialisée dans la culture de la pomme. Jean-Marie Delavay profite des vergers des ouailles pour s'initier à la culture des arbres fruitiers, ainsi qu'à la culture des céréales qui sont également très présentes dans l'agriculture locale.

Le 4 février 1862, il est nommé vicaire à Saint-Nicolas-la-Chapelle, un village bien plus modeste et cette fois centrée sur l'élevage bovin, une activité qui intéresse guère Jean-Marie Delavay. La flore environnante est cependant l'une des plus riches de la Savoie, aussi part-il en excursion dès qu'il le peut.

Le 27 novembre 1864, Jean-Marie Delavay est nommé vicaire à Allonzier-la-Caille, à l'époque Allonzier. Ce village agricole est surtout une station thermale réputée. Sans aller jusqu'à attribuer des guérisons miraculeuses aux eaux d'Allonzier, on leur confère un pouvoir relatif de guérison d'origine divine ; une chapelle est même prévue à proximité des bains pour ceux qui souhaitent prier.

Quelques décennies plus tard, bien plus facile d'accès et d'une taille plus importante, Aix-les-Bains supplantera Allonzier, sans dimension religieuse cette fois. Le village poursuivra toutefois l'exploitation des bains jusqu'en 1960, même privé de son prestige d'antan. Au côté de ce que furent autrefois les bains d'Allonzier, on peut toujours lire « Béni soit Dieu qui fit jaillir les sources. À côté des maux, il mit le remède. ».

Missions étrangères de Paris - jardinage et évangélisation (1866-1867)

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Séminaire des Missions étrangères de Paris.

Le 19 novembre 1866, Jean-Marie Delavay entre au séminaire des Missions étrangères de Paris.

Créée en 1663, les Missions étrangères de Paris ont pour activité d'évangéliser les pays non chrétiens. Ouvertes aux catholiques non-ordonnés et n'ayant pas prononcé les trois voeux (chasteté, obéissance et pauvreté), elles ne sont ni un ordre, ni une congrégation ; il s'agit d'une « Société de vie apostolique ». Lorsque Jean-Marie Delavay les intègre, elles évangélisent essentiellement en Asie.

Par ailleurs, les Missions étrangères de Paris regorgent de fidèles férus de jardinage qui rendent célèbres ses jardins. Jean-Marie Delavay en profite sans doute pour s'adonner au jardinage lui-même.

Durant les mois qui suivent, Jean-Marie Delavay va se préparer pour son premier voyage.

Le départ pour la Chine (1867-1882)

Huit mois plus tard, le 15 juillet 1867, Jean-Marie Delavay part pour la mission du Kouang-tong et Kouang-si. Sur place il dirige plusieurs districts, notamment ceux de Loui-tcheou et de La-fou.

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Henry Fletcher Hance et Armand David.

Il consacre une partie importante de son temps à herboriser, faisant par ailleurs la connaissance de plusieurs botanistes, en particulier le consul britannique Henry Fletcher Hance auquel il offre naïvement ses récoltes, lequel s'empresse de les envoyer en Angleterre.

Jean-Marie Delavay fait parler de lui sur le plan politique lorsqu'il prend en charge le rachat de femmes annamites (vietnamiennes) enlevées par les pirates et vendues sur les frontières du Kouang-tong. Les lettres qu'il rédige à ce sujet émeuvent les catholiques qui lui font parvenir des dons.

En 1880, Jean-Marie Delavay repart pour la France. Il rencontre alors Armand David, missionnaire également mais lazariste. Éminent botaniste et zoologiste, lui-même expert de la flore asiatique (Chine, Mongolie et Tibet) auquel des dizaines de noms de plantes rendent hommage. Armand David lui suggère d'envoyer ses prochaines récoltes au Muséum national d'histoire naturelle plutôt que de les offrir à Henry Fletcher Hance.

Retour en Chine (1882-1891)

Après un séjour en France d'un an environ, Jean-Marie Delavay repart pour la Chine, cette fois dans les montagnes du nord-ouest du Yunnan.

En remontant le fleuve Bleu, le Yangtsé, Jean-Marie Delavay herborise dans tous les ports où il s'arrête. Il s'établit à Dapingzi, dans un district s'étendant du nord du lac Erhai jusqu'à Lijiang.

Jean-Marie Delavay fait ensuite une soixantaine de fois l'ascension du mont Heishanmen à l'ouest de Dapingzi. Ses ascensions sont solitaires dans une zone où les vents peuvent être violents et le froid glacial. C'est de la même façon qu'il parcourt ensuite des montagnes qui dominent Dali et les Cang. Durant ses expéditions, il récolte un nombre important de rhododendrons.

En 1886, ses explorations vers le plateau du Tibet font découvrir à Jean-Marie Delavay des pavots d'un bleu éclatant, répondant désormais au nom de Meconopsis betonicifolia.

La même année, Jean-Marie Delavay contracte une maladie qui va le poursuivre jusqu'à sa mort.

« J'ai été tellement accablé et anéanti par la peste que j'ai bien de la peine à me relever. Je ne sais quand je pourrais me remettre sérieusement à la besogne ».

Néanmoins, en 1887, il reprend ses herborisations et ses envois de plantes. En 1888, son ami et collègue missionnaire des Missions étrangères de Paris, le père Proteau, décède. Jean-Marie Delavay s'occupe à présent seul de deux districts alors que sa santé périclite.

En 1890, très affaibli par la maladie, il passe plusieurs mois au sanatorium de Hong Kong qui ne suffisent pas à le remettre sur pied, son état de santé devient même très préoccupant. Jean-Marie Delavay repart pour la France afin d'y être soigné.

Les dernières années de Jean-Marie Delavay (1891-1894)

À peine de retour en France, Jean-Marie Delavay est victime d'une crise qui lui fait perdre définitivement l'usage d'un bras. Il fait alors un long séjour au sanatorium de Montbeton dans le sud-ouest de la France.

Si la maladie semble se dissiper, Jean-Marie Delavay demeure très affaibli, en plus d'avoir un bras paralysé. L'idée de repartir ne le quitte toutefois jamais. C'est ainsi qu'en 1894, dès que sa santé semble le permettre, il repart pour la Chine.

Il remonte encore une fois le Yangtsé et s'arrête à Longqi où il récolte plus de 1200 spécimens. L'année suivante, il atteint Kunming d'où il envoie des graines de diverses plantes annuelles avant d'atteindre le village qui lui avait été assigné comme mission.

Le 9 décembre 1895, Jean-Marie Delavay expédie encore sept paquets avant de finalement s'éteindre le 31 décembre à 61 ans, après avoir contribué à hauteur de plus de 100.000 échantillons de 3500 espèces à l'herbier asiatique du Muséum national d'histoire naturelle. Sans oublier ce dont il a fait don à Henry Fletcher Hance lors de son premier voyage, avant que le botaniste Armand David lui suggère d'envoyer ses récoltes à Paris.

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Publié par Jean-Charles Pouzet sur Jardin Secrets le 07-09-2014

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