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Pierre Belon : Biographie

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Pierre Belon

Né en 1517
Décédé en 1564
Botaniste et naturaliste
A acclimaté de nombreux arbres (Platane, Arbre de Judée, Chêne-liège, Pistachier, Myrte, Jujubier, Chêne vert, Cèdre etc.)

Les vertes années de Pierre Belon (1517-1535)

Pierre Belon est né en 1517 à Cérans-Foulletourte, village au sud du Mans. Étant issu d'une famille modeste de paysans, il apprend dès son plus jeune âge à connaître la nature, les plantes et le jardinage.

Malgré son milieu d'origine, Pierre Belon reçoit une véritable instruction. Il n'est pas scolarisé mais un apothicaire, surpris par son intelligence, le prend sous son aile. Il apprendra alors à lire et à écrire, quelques notions de mathématiques et surtout le métier d'apothicaire.

Contrairement au célèbre arboriculteur Henri Golletais qui demeurera illettré jusqu'à sa mort ou au jardinier Joseph Monier qui ne pu apprendre à lire que durant la vingtaine, Pierre Belon transcende sa condition et arrive instruit à l'âge adulte.

Du jardinage au métier d'apothicaire (1535-1546)

Durant le XVIe siècle, la frontière qui sépare l'apothicaire et le médecin est encore très floue, malgré l'édit de Salerne édicté par Frédéric II qui distingue pourtant clairement les deux métiers depuis trois siècles. C'est pourquoi Pierre Belon est tantôt présenté comme médecin et tantôt comme apothicaire ou les deux à la fois. De plus, la médecine et la botanique sont très liées jusqu'au début du XXe siècle, de nombreux grands botanistes sont également apothicaires ou médecins, Joseph Pitton de Tournefort en étant un autre exemple.

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Jean du Bellay et Valerius Cordus.

À 18 ans, Pierre Belon devient l'apothicaire de Monseigneur du Bellay, évêque du Mans. Durant cette période, Pierre Belon retourne à ses premières amours en suivant dans son temps libre les cours du botaniste Valerius Cordus, l'un des premiers botanistes allemands. Il découvre à ses côtés l'Allemagne, effectuant sans doute son premier voyage à cette occasion. Les cours cessent au début des années 40, Valerius Cordus ayant attrapé la malaria durant un séjour en Italie, maladie qui lui est fatale.

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François de Tournon et Guillaume Rondelet.

À 25 ans, il devient l'apothicaire de Monseigneur de Tournon, archevêque de Lyon. Le médecin personnel de Monseigneur de Tournon est Guillaume Rondelet, par ailleurs naturaliste et s'intéressant de très près à l'étude des poissons. Cet intérêt est visiblement contagieux puisque Pierre Belon se passionne également peu à peu pour ce sujet.

Multipliant ainsi les relations ecclésiastiques en haut lieu, sans avoir pour autant la vocation d'un Charles Plumier, il parvient à obtenir protection et mécénat pour ses recherches scientifiques et ses études, s'intéressant tout particulièrement aux plantes et aux poissons. À l'image de Valerius Cordus qui fut un pionnier de la botanique en Allemagne, Pierre Belon devient l'un des pionners de l'ichtyologie en France, publiant l'un des premiers traités illustrés sur les poissons des cours d'eau français.

L'exploration du Levant, un mécène prestigieux (1546-1549)

En 1546, Pierre Belon obtient de ses protecteurs le financement de son voyage d'exploration du Levant. Il parcourt ainsi durant plusieurs années la Grèce, la Turquie, l'Égypte, la Syrie, la Palestine etc. Surtout botaniste en Grèce, il multiplie les casquettes durant le reste du voyage ; étudiant la momification en Égypte, l'usage de l'opium en Turquie, les animaux marins, les reptiles, les oiseaux, les religions, les traditions culinaires, la médecine, le jardinage et l'agriculture etc.

Ainsi, après avoir été un pionnier de l'ichtyologie en France, Pierre Belon peut se targuer d'avoir effectué l'un des premiers voyages naturalistes de l'histoire.

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Henri II

À son retour en 1549, son voyage intéresse en haut lieu, jusqu'à susciter l'intérêt d'Henri II. Afin d'aider Pierre Belon à rédiger le récit de son voyage et poursuivre ses recherches, Henri II lui offre une pension de 200 écus. Cette rente ne lui finance pas une vie dès plus confortables mais le libère tout de même de l'obligation de gagner sa vie, il peut ainsi s'investir à temps plein dans ses travaux.

Les ouvrages (1549-1560)

Le premier ouvrage de Pierre Belon sort en 1551 et s'intitule « L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce » qui sera complété par « La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel ».

L'ichtyologie n'étant qu'à ses débuts, Pierre Belon regroupe tout ce qui est marin dans les poissons, dont il décrit 175 espèces. Il tente tout de même de les classer dans diverses catégories, effectuant l'une des premières classifications du genre.

Son ancien collègue et ancien maître officieux sur le sujet, Guillaume Rondelet, a lui-même tenté une classification trois ans plus tôt. De l'avis général, l'élève Belon a largement dépassé le maître, effectuant une classification bien plus fine que celle de Guillaume Rondelet, basée sur l'anatomie et séparant les ovipares des vivipares.

En 1553, il publie un traité sur les conifères et d'une façon plus générale sur les végétaux à feuillage persistant « De arboribus coniferis, resiniferis, aliisque, nonnullis sempiterna fronde virentibus... ».

En 1555, il publie « Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel » complété en 1557 par « Pourtraicts d'oyseaux » qui propose 74 gravures d'oiseaux. Fidèle à lui-même, il tente à nouveau d'établir une classification, tenant compte de quatre catégories:

- Oiseaux de proie
- Oiseaux d'eaux
- Omnivores
- Petits oiseaux (divisés à leur tour en insectivores et granivores)

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Conrad Gessner

Il a cette fois un autre concurrent, Conrad Gessner, naturaliste suisse surnommé le « Pline suisse » (en référence à Pline l'Acien). Passionné de zoologie, il est considéré comme faisant autorité dans ce domaine. La classification des oiseaux de Conrad Gessner est toutefois très décevante, se limitant pour l'essentiel à un classement par ordre alphabétique.

Conrad Gessner publiera d'ailleurs une classification des poissons quelques années plus tard qui ébranlera elle aussi sa crédibilité puisqu'elle sera en bonne partie un plagiat grossier des travaux de Pierre Belon. Il est à noter que l'on doit à Conrad Gessner, toutes catégories confondues, des centaines de gravures d'animaux d'une extraordinaire précision ; apport majeur pour l'identification des espèces.

Cependant, si Pierre Belon domine Conrad Gessner, sa victoire, même écrasante, ne sera qu'à titre posthume. De son vivant, son ouvrage sur les oiseaux est éclipsé par celui de Gessner qui a l'avantage de la célébrité.

En 1558, s'appuyant sur son observation de l'agriculture et du jardinage, il publie « Les Remonstrances sur le défault du labour et culture des plantes et de la cognoissance d'icelles... » où il fait la part belle à l'acclimatation des plantes exotiques et aux vertus médicinales de certaines d'entre-elles. Il effleure également l'agronomie, ouvrant la voie à Olivier de Serres qui en sera le père quelques décennies plus tard.

L'apothicaire-naturaliste devient jardinier, les dernières années de Pierre Belon (1560-1564)

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Château de Madrid au XVIe siècle.

En 1560, Charles IX, très intéressé par son dernier ouvrage sur les plantes exotiques, offre à Pierre Belon, en plus de sa pension de 200 écus, d'être gracieusement logé au Château de Boulogne (actuel Château de Madrid), situé dans le célèbre bois de Boulogne où Édouard André fera ses premières armes. Cette proposition est d'autant plus flatteuse que le Château de Boulogne est la résidence parisienne favorite de Charles IX et Catherine de Médicis ; de toute évidence, en plus de l'encourager, le roi lui offre sa protection.

Loin d'être l'ancêtre d'André Le Nôtre dans le paysagisme, Pierre Belon se lance dans le jardinage et effectue de nombreuses introductions. Se passionnant pour l'arboriculture, il est le premier en France à semer des Platanes, des Arbres de Judée, des Chênes-lièges, des Pistachiers, des Myrtes, des Jujubiers, des Chênes verts ou encore des Cèdres.

Grand précurseur, il insiste auprès de Charles IX pour que soit crée un jardin botanique. Le concept de jardin botanique n'existant pas réellement à l'époque, Pierre Belon parle d'un lieu d'expérimentation dans le jardinage qu'il baptise « établissement pour l'acclimatation des plantes étrangères ». Il n'aura pas gain de cause de son vivant, mais Henri IV répondra à cette requête à titre posthume en faisant ériger en 1593 le premier jardin botanique en France, le jardin des plantes de Montpellier.

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Pierre de Ronsard

Par ailleurs le contenu de ses ouvrages, récités durant les dîners, séduit le tout-Paris. Pierre Belon acquiert une certaine notoriété grâce au rhinocéros, à l'éléphant ou encore à la panthère, qu'il a observés durant son voyage. Ces animaux dont on connaît plus ou moins l'existence sont souvent considérés comme mythologiques, tant leurs allures respectives semblent extraordinaires. Le fait qu'il les ait approchés et qu'il puisse ainsi confirmer qu'ils existent fait de lui un mondain dont on s'abreuve des histoires. Ronsard lui consacrera même un long poème, le décrivant comme celui « Qui a veu ce grand univers, et de longueur et de travers, et la gent blanche et la gent noire... ».

Mais en avril 1564, celui « qui a veu de grand univers » est poignardé alors qu'il traverse le bois de Boulogne. N'ayant pas d'ennemi connu, il ne s'agit sans doute pas d'un acte politique mais plutôt d'un rôdeur. Pierre Belon s'éteint le jour même à 47 ans.

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Publié par Jean-Charles Pouzet sur Jardin Secrets le 02-08-2014

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